Pray For Paris.

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Je ne suis pas sur Paris, alors je vais bien, que personne ne s’inquiète. Je suis dans le sud, bien loin de toute l’horreur de la capitale. J’ai besoin de m’épancher un peu, pardonnez-moi si ça n’a rien à faire sur un blog livresque, pardonnez-moi si c’est long, pardonnez-moi si c’est brouillon, mais je ne suis qu’une adolescente plongée dans l’incompréhension et dans la douleur de voir que l’on s’en prend à la France qui l’a vue naître et grandir, mais qui n’a plus grand chose de ce pays de paix, de liberté et de fraternité que l’on vantait tant, avant.

Vendredi soir, j’étais tranquillement en train de lire, en train de rire, en train d’écrire, je parlais avec des amies via Skype, quand j’ai appris de l’une d’elles, parisienne, qu’une fusillade était en cours dans la ville. Quelques minutes plus tard, prise d’otages au Bataclan. Le reste, je l’ai suivi en direct sur le site du journal Libération, et j’ai prévenu mes parents, qui ont tout de suite allumé TF1, puis BFM TV. Sous mes yeux, j’ai vu l’horreur, j’ai lu des témoignages, j’ai vu le chiffre des morts, des blessés qui augmentait, j’ai vu des vidéos que j’aurais préféré ne jamais voir, j’ai entendu des cris et des pleurs que j’aurais voulu ne jamais entendre. J’ai pleuré, beaucoup, pour toutes ces vies volées inutilement, pour toutes ces âmes qui n’avaient commis aucun crime, sinon celui d’être au mauvais endroit au mauvais moment. J’ai pensé à ces parents qui, pour toujours, regretteront d’avoir laissé leur enfant se rendre au concert ou sortir avec ses amis, à tous ceux qui auront perdu un frère, une sœur, un ami, une fille, à tous ceux qui, depuis vendredi et pour toujours, sont endeuillés, brisés, blessés de ces plaies que l’on ne soigne pas.

Ma dernière pensée avant de m’endormir, après bien des heures passées à ne pas y parvenir, a été pour eux, pour les victimes, pour leurs proches. Ma première pensée en me réveillant ce matin était encore pour eux. La télévision était encore allumée sur BFM, le constat des morts venaient encore d’augmenter. On a finalement passé le cap des trois chiffres… Il était dix heures et demie, j’étais réveillée depuis vingt minutes, et des larmes roulaient déjà sur mes joues. Les yeux de ma mère, aussi, débordaient.

Et pourtant… Pourtant, je n’ai perdu personne. Ma famille est saine, mes amis sont saufs, certains étaient au Stade de France mais en sont rapidement sortis sans dommages, personne n’était au Bataclan, personne n’a vu le sang, les corps en chair et en os dans les rues. Je n’ai véritablement perdu personne, et pourtant, moi, petite sudiste de tout juste 17 ans depuis même pas un mois, j’ai mal. J’ai mal au coeur, j’ai mal au bide, j’ai le mal du monde et j’ai honte de mon pays et de tous les autres, j’ai honte des hommes, de leur ego, de leur incapacité à coopérer, de leur incapacité à s’aimer alors que l’amour est universel.

Je suis loin de l’horreur, et pourtant, j’ai peur. J’ai peur, parce que je vis dans une ville mondialement connue, d’un point de vue religieux. Lourdes, ce sont Bernadette et la Vierge Marie, ce sont les sanctuaires (illuminés de bleu-blanc-rouge à l’occasion), ce sont des millions de touristes qui viennent chaque année, à chaque pèlerinage, dans l’attente d’un miracle, ici, dans la ville de l’eau miraculeuse. J’ai peur de me rendre en cours lundi, j’ai peur d’atteindre les prochaines dates fatidiques. Ce fut d’abord le vendredi 13 que certains qualifient déjà de « Black Friday », j’ai peur d’un Black ou Bloody Christmas, peur d’une Bloody New Year. C’est stupide, c’est être parano sans doute, mais j’ai peur, peur pour ma vie et pour celle de ceux de j’aime.

Je suis choquée. Je n’arrive pas à réaliser que c’est la vraie vie, que des êtres, censés être humains, sont capables de telles immondices. C’est trop irréel, c’est comme un scénario de blockbuster américain, quelque chose de trop grand, de trop gros pour être vrai. Je n’arrive pas à réaliser, je revois encore mon amie qui dit « Il y a une fusillade pas loin….. » et nous, juste capables d’écrire « o_____o », avant que l’on apprenne tout le reste qui suit… attentats multiples… attentats-suicides même… GIGN… Nous étions choquées. Nous étions terrifiées. Nous étions dégoûtées. je crois que nous le sommes toujours.

J’ai mal. J’ai mal pour ce que devient le monde. J’ai mal pour Charlie, j’ai mal pour Paris, j’ai mal pour la France, j’ai mal pour le monde. Et pourtant, pourtant… C’est aussi dans l’horreur que naissent les plus beaux gestes de soutient. #RechercheParis, qui a permis de réunir des familles ; #PortesOuvertes, qui a logé les rescapés bloqués là où ils étaient, quitte à être 20 par appartement ils l’étaient ; #VoyageAvecMoi pour tous les musulmans, les basanés qui craignent d’être victimes d’insultes, voire bien pire dans les transports, et qui désirent être accompagnés… Tous ces « Pray For Paris », tous ces textes, ces chaînes, le #MessagedePaix qui consiste à taper un numéro au hasard pour envoyer un message de soutient, d’amour, de courage à un inconnu, mouvement auquel j’ai pris part, tous ces monuments illuminés, tous ces messages d’étrangers, ces « stay strong, we are with you » d’un peu partout… C’est énorme. Et en même temps, ça me fend le cœur.

J’aimerais que, cette fois-ci, on n’oublie pas. Que ça ne soit pas l’affaire que d’une semaine ou deux, et puis que l’on se taise, que l’on oublie ; je voudrais que ça reste, que l’on continue d’en parler, que l’on reste soudés, que l’on reste forts, vraiment, et que l’on soit préparés, que l’on ne retombe pas dans l’insouciance qui avait finalement repris ses droits après l’attentat à Charlie Hebdo. J’aimerais que l’on reste une France unie, qui saura lutter contre la menace, à l’avenir, si elle venait à s’abattre à nouveau sur nous.

Alors oui, hier, avant-hier, j’étais choquée et en colère, aujourd’hui, je suis encore choquée et en colère, demain, je serai toujours choquée et en colère. Non, ça ne me quitte pas, ce dégoût, cette incompréhension, ces « pourquoi ? » sans réponse. Mais, même si je suis répugnée, blessée, anéantie par cette tragédie, je ne compte pas tomber à genoux, et j’espère que personne ici n’a ne serait-ce que cru que s’effondrer faisait partie des options. Nous ne sommes pas seuls, il y a le monde entier derrière nous, et si nous tremblons, nous ne faillirons pas.

Parce que nous sommes toujours Charlie, mais parce que nous sommes aussi Paris, nous sommes la France, nous sommes la Force. Et, surtout, nous sommes le Monde. Restez forts.

Si jamais vous en avez envie, j’ai écrit un petit quelque chose… par ici, sur mon Tumblr.

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