La voix du couteau ; Patrick Ness.

Fiche d’identité ;

J’ai été écrit par Patrick Ness et publié chez les éditions Folio, en octobre 2014. Je ne suis pas bien vieux ! Pas bien cher non plus, je coûte un peu moins de neuf euros, dans mon format poche tout du moins, et juste ça pour 544 pages à dévorer ! Ah, aussi, pour information, tu me trouveras au rayon jeunesse, sur l’étagère science-fiction. Mon titre original est The Knife of Never Letting Go, et je suis le premier tome de la trilogie Le Chaos en marche.
Synopsis ;
« C’est l’année de ses treize ans et, dans un mois, Todd Hewitt va devenir un homme. Il est le dernier garçon de Prentissville. Cette ville de Nouveau Monde est uniquement peuplée d’hommes. Depuis longtemps, toutes les femmes et les enfants ont disparu. A Nouveau Monde, chacun peut entendre les pensées des autres, qui circulent en un brouhaha incessant, le Bruit. Nul ne peut échapper au Bruit, nulle part, jamais… »

Mon avis ;
Ce roman m’est tombé entre les mains plus ou moins par hasard. J’avais déjà entendu parler de sa version originale via la chaîne Youtube de Fairy Neverland, et il m’avait quelque peu tapé dans l’œil. J’ai cependant eu vent qu’il n’était pas des plus faciles à lire en VO, et comme je suis une pure débutante, je me suis retirée du jeu, sans même penser à me renseigner à propos du titre français du bouquin. Et puis, je l’ai trouvé à la bibliothèque du lycée, le titre m’a attirée (il faut croire que j’aime les trucs un peu glauques et bizarres), et je n’ai compris qu’il s’agissait du livre dont avait parlé Justine que lorsque j’ai commencé à lire… Parfois, le destin fait bien les choses !

Au niveau du scénario, j’ai songé pendant un instant que La Voix du Couteau surfait sur la vague de la dystopie, qui paraît être au top depuis quelques années maintenant, entre Hunger Games, Divergente et autres, plus ou moins originaux à chaque fois. A la réflexion, je n’avais pas bien tort : nous sommes ici dans Nouveau Monde, époque future à la nôtre, et à l’air terriblement sombre. Les premiers temps, l’intrigue est centrée sur la ville de Prentissville, celle où est né et a vécu Todd, le héros principal ; une ville où toutes les femmes sont mortes, où il ne reste plus que des hommes, et où ce gamin de bientôt treize ans est le dernier qui ne soit pas encore devenu un homme. Alors, oui, ce bouquin surfe sur la vague de la dystopie, mais il le fait bien, et de façon originale en plus de ça !

L’esprit des hommes est rien qu’un fouillis et le Bruit, c’est comme la version active, respirante de ce fouillis. C’est ce qui est vrai et ce qui est cru et ce qui est imaginé et ce qui est rêvé, et ça dit une chose et son contraire total en même temps, et même si la vérité s’y trouve forcément, comment faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas quand vous captez tout, absolument tout ? Le Bruit, c’est un homme non filtré, et sans filtre, un homme, c’est rien qu’un chaos sur pattes.

J’ai lu plusieurs lecteurs que le style d’écriture avait rebuté. Ils disaient que cette narration, pour le moins étrange, les avait empêchés de s’imprégner de l’histoire, d’y prendre plaisir, parfois même de terminer. C’est vrai, Patrick Ness prend des risques : il nous plonge dans un récit à la première personne et, puisque le personnage dont il emprunte les pensées est un illettré, il nous livre son texte en brut, en dur, avec de nombreuses fautes d’orthographe et de syntaxe, qui en feront grimacer plus d’un, plus d’une certainement. Cela dit, pour ma part, je m’y suis rapidement habituée, et j’ai trouvé que ce détail ajoutait du charme au récit. Il fallait oser et, pas de souci : Patrick Ness a osé.

Il s’agit là d’un style très « parlé », parfois même très « enfantin », on suit le fil direct des pensées de Todd, et prendre le soin de rajouter des fautes, de çà, de là, j’ai trouvé que c’était une méthode très immersive… A condition de ne pas être plus « grammar nazi » que moi ! (ajoutez ici des rires au montage) J’ai trouvé cette narration quasiment nécessaire au vu du contexte dans lequel on évolue puisqu’ici, chaque homme entend les pensées des autres. Il fallait être dans la tête de Todd pour être dans la tête des autres, tout simplement.

La vie est pas juste. Non. Jamais.
Elle est vide et débile avec rien que de la souffrance et de la douleur et des gens qui veulent vous faire du mal. Vous pouvez pas aimer rien ni personne à cause que tout vous sera enlevé ou détruit et que vous vous retrouvez seul et obligé de lutter sans cesse, de courir sans cesse pour rester en vie.

Concernant les personnages, j’ai eu tendance à les trouver plutôt crédibles, bien amenés, bien construits. Ils ont leurs failles, ils font des erreurs, qui ont le mérite de les marquer profondément et d’influencer leurs prochaines actions. Et parmi ces personnages, il y a Todd donc, et Todd, c’est ce môme qui ne sait pas quoi faire : il ne connaît que Prentissville et, lorsqu’il est forcé à partir, c’est l’inconnu face à lui, la peur, le sentiment d’être incapable de faire quoique ce soit, c’est suivre son instinct, parce que de toute façon, il n’a rien d’autre que ça pour espérer survivre. Quant à l’autre personnage dont je ne dirais rien pour ne pas vous gâcher le plaisir de le découvrir par vous-mêmes, je trouve qu’il est tout aussi bien pesé. Il est un peu la voix de la raison aux côtés de Todd, il est ses yeux, il est l’éclat d’esprit dont il a besoin pour s’en sortir, et aussi la présence chaleureuse pour qu’il ne soit pas complètement seul, livré en pâture au monde. J’ai trouvé leur amitié touchante, et c’est certainement ce qui m’a le plus marquée dans ce roman.

Du côté des autres personnages, ils ont tous leur part d’humanité, plus ou moins entachée de quelque chose qui a eu tendance à me mettre mal à l’aise — un brin de folie, ou de sociopathie dérangeante, de mégalomanie pour certains, même — et pourtant je leur ai tous trouvé un certain charme — que ce soit en les aimant ou en les haïssant. Même certains dont on ne parle que l’espace d’un chapitre ou deux parviennent à être attachants, parce qu’ils sont une part d’authenticité dans un monde qui en manque cruellement. Petite note toute particulière à Manchee, le chien de Todd, que j’ai tout simplement adoré et qui m’a souvent fait rire — eh oui, même les animaux ont leur propre bruit, que les hommes peuvent entendre.

Mais un couteau c’est pas qu’une chose, d’accord ? C’est un choix, c’est quelque chose qu’on fait. Un couteau dit oui ou non, coupe ou ne coupe pas, meurt ou ne meurt pas. Un couteau prend une décision dans votre main et la met dans le monde et jamais ça peut revenir en arrière.

Les actions s’enchaînent très rapidement, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et, si le début est peut-être un petit peu lent, le temps de mettre l’univers en place, je suis d’avis que le roman devient très vite un « page-turner » qu’il devient difficile de lâcher. Peut-être pourrait-on éventuellement lui reprocher qu’un peu trop d’actions dans un laps de temps si court a légèrement tendance à faire devenir le récit un peu trop répétitif et condensé, cela dit ça ne m’a pas dérangée, pas plus que ça tout du moins. Il y a des moments de suspens — surtout la toute fin, mon dieu —, d’autres forts en émotions, qui m’auraient presque fait pleurer et, s’il est difficile d’avoir un avis très nuancé sur le bouquin — c’est un peu tout ou rien, ici —, pour celui ou celle qui accroche, c’est le début d’une trilogie qui ne donnera envie que d’une seule chose : lire la suite. Moi-même, j’ai acquis le deuxième tome il y a quelques jours à peine, et la lecture est déjà entamée…

Top & flops ;
c’est top ; de l’action, du suspens, des personnages attachants et crédibles, une narration immersive, un plot twist final qui donne envie de savoir la suite. mais ça flop ; un peu trop d’actions diverses en un laps de temps trop court qui a tendance à étouffer le récit, la narration peut être rebutante pour une bonne part des lecteurs.
18/20 ; il faut le lire !
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2 réflexions sur “La voix du couteau ; Patrick Ness.

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