La langue des bêtes ; Stéphane Servant.

Fiche d’identité ;

J’ai été écrit par Stéphane Servant et publié chez les éditions du Rouergue, en août 2015. Autant dire que je ne suis pas bien vieux ! Je suis 448 pages à dévorer, pour un peu moins de 16 euros à dépenser ! Ah, aussi, pour information, parce que c’est toujours utile si je t’intéresse : tu me trouveras au rayon jeunesse !
Synopsis ;
Au fond des bois, vit une communauté d’anciens membres d’un cirque. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle. Un jour, de grands travaux grignotent le territoire autour d’eux, et on oblige l’enfant de la famille, La Petite, à rejoindre l’école du village. Dans la continuité de son roman précédent, Le Cœur des louves, Stéphane Servant raconte une fable contemporaine, sur la perte de nos origines primitives, le rapport aux animaux et à la nature dans notre monde contemporain.

Mon avis ;

En empruntant ce livre au CDI du lycée comme je l’ai fait, j’étais déjà persuadée que j’allais lire une histoire différente. Jusqu’à quel point ? Je l’ignorais encore, cela dit. Je l’ai ouvert aussitôt et je l’ai, non pas lu, mais dévoré ; non, mieux : savouré. Je ne l’ai pas lu d’une traite, parce que j’avais régulièrement besoin de le poser pour une raison ou pour une autre et, chaque fois, je me trouvais en train de réfléchir à ce que je venais de lire, aux personnages que je venais de découvrir, à l’histoire qui défilait sous mes yeux, sous mes doigts, et dans le fil de laquelle je me sentais actrice quoique impuissante, comme ils l’étaient tous.

Écrire c’est graver dans le coeur des arbres. C’est inscrire dans le temps. C’est changer la réalité. Définitivement. Rien ne sera plus jamais pareil après un point final. La fin d’une chose. Le début d’une autre.

Tous, ce sont ces personnages qui m’ont charmée, fascinée, enchantée, émerveillée, transportée dans leur monde et dont l’histoire m’a transcendée. Tous, c’est d’abord Petite ; Petite, la mangeuse de mots qui essaie de les apprendre et de les apprivoiser à sa façon, parce qu’avec eux on change le monde, l’enfant rêveuse, l’innocence durement préservée et pourtant écorchée vive sans même le savoir par la réalité qui heurte son monde fait de récits, de souvenirs qu’elle n’a pas mais qu’on lui a tant racontés qu’elle s’en est imprégnée au point qu’ils soient part intégrante de sa personne. Petite, c’est cette gamine qu’on a plus ou moins tous été, et qu’on aimerait quelquefois redevenir : pas de responsabilités, pas de décisions à prendre, pas de fêlures sur le château de verre de la courte existence, intelligente mais pleine d’interrogations et l’imagination débordante.

Tous, c’est aussi l’Ogre, le père aimant, l’amoureux transi dont le cœur n’a jamais cessé de s’affoler pour sa bien-aimée ; c’est Belle, aussi, l’amante volage à la crinière de feu et aux courbes allumeuses, personnification du serpent tentateur et de la pomme de la connaissance à elle seule, cabossée et pourtant merveilleuse, au cœur d’oiseau qui ne croit plus en rien et voudrait pourtant parcourir de nouveau les cieux. Tous, c’est aussi Major Tom, Pipo, Colodi et le lion François, c’est leur tendresse, leur bêtise, leur folie, leur cœur trop lourd et leurs mains avides, leurs espoirs ternis, leurs rêves éteins, dévorés par la chose qui rend les adultes si tristes, si gris, si vulnérables dans leurs parures de grandeur et d’assurance feintes.

Nous sommes pareils à des comètes esseulées, toutes filant dans le même ciel, toutes promises à la même obscurité. Alors pourquoi ne pas se rassembler pour éclairer plus fort un instant ce coin de ciel désolé ?

La langue des bêtes, c’est un récit un peu sombre, un peu obscur, un peu mystérieux, métaphorique, qui parle d’amours, souvent brisés, de folie, qui prend à la gorge qui ne s’y attend pas, de rêves déchirés que grandir n’a pas épargnés, du pouvoir des machines qui a d’ores et déjà surpassé l’humanité, de la destruction du monde dont la finalité est inéluctable… Il est question de tomber, de s’écorcher vif, mais de se relever et de tenir debout ; il est question de fin et de renouveau, de vie, de mort, de choix et de conséquences. Il est question de ce gouffre terrifiant entre l’enfance et le monde des adultes, celui des fées et celui de ceux qui ont oublié depuis longtemps ce que c’était que de croire.

Ce sont des douleurs, des coups du sort, des blessures auxquelles il faut du temps, des mots et de la tendresse pour guérir ; c’est un coup en plein cœur, tout simplement : puissant, époustouflant, sublime.

Les mots survivent aux os et à la chair et s’il y a un secret, il se trouve là, dans les mots, depuis toujours. Les mots ont le pouvoir de plier le monde à notre volonté. De le faire s’élever ou de le détruire. Les mots sont les fils de l’âme. Qui connaît leurs secrets peut faire naître la joie ou la peine, faire éclore la vie ou invoquer la mort.
Top & flops ;
c’est top ; l’histoire entière, anti-conformiste, qui détonne, qui secoue, qui envoie valser tout ce que l’on connaît pour quelque chose d’un peu plus beau, les personnages, attachants et tellement bien construits, tellement crédibles, tellement vrais, voire peut-être un peu trop, et ce style, tout en poésie, ce qui donne beaucoup de citations sublimes et un choix difficile lorsqu’il s’agit d’en relever un nombre limité. mais ça flop ; on n’en a jamais assez, on voudrait que ça ne se termine simplement jamais.
20/20 ; coup de cœur ♥
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2 réflexions sur “La langue des bêtes ; Stéphane Servant.

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