Le Ciel est partout ; Jandy Nelson

Fiche d’identité ;

J’ai été écrit par Jandy Nelson et je suis sorti en mai 2010 aux Editions Gallimard, collection Scripto. Je suis un petit bouquin de 331 pages, et je me lis assez vite ! Si je t’intéresse, tu me trouveras au rayon des romans jeunesse, peut-être bien du côté des romances. Mais ne t’en fais pas, ne prends pas peur, je ne suis pas du genre très niais…
Synopsis ;
Un amour brûlant.
Une perte dévastatrice, Lennie lutte pour trouver sa propre mélodie.
Alors que Bailey, sa sœur, sa meilleure amie, vient de mourir, comment continuer ?
A-t-elle le droit de plaire, elle aussi ?
De désirer Toby ? D’être heureuse, sans Bailey ?
Et comment ose-t-elle rire encore ?
Parfois, il faut tout perdre pour se trouver…

Un hymne à l’amour, à la vie, à la musique, à la nature et à l’écriture !

Mon avis ;

J’ai entendu pour la première fois parler de ce roman sur la chaîne booktube d’Audrey, Le Souffle des Mots. Elle en parlait comme l’un des plus gros coups de cœur qu’elle ait jamais eus, et comme j’ai souvent trouvé de grandes similarités dans nos goûts en matière livresque, quand j’ai eu l’occasion de le lire, je ne me suis pas privée. C’est l’un de ces énièmes récits dont j’aime bien me gaver, avec une adolescente pour protagoniste, qui a perdu sa grande sœur : le genre d’accident dont on se remet, sinon jamais, au moins difficilement. Elle peine à faire son deuil, si je ne fais pas erreur la mort de son aînée est encore récente, aussi Lennie en est encore à cette étape où l’on n’ose pas enfermer les affaires de la personne partie dans des cartons, de peur de la tuer une deuxième fois si l’on commence à l’oublier et à tirer un trait sur sa présence dans un endroit où elle passait chaque jour de sa vie.

Les thématiques abordées m’intéressaient ; vous devez le savoir à force, mais j’aime ces personnages qui ont perdu quelqu’un ou quelque chose de cher et qui doivent se reconstruire, j’aime les voir évoluer durant cette période compliquée qu’est celle du deuil, où tout semble fragile, instable, parce que les repères se sont enfuis, que leur monde s’est écroulé, s’est terni en une seconde. Une inattention, une erreur et la vie bascule, s’en va parfois, et c’est à ceux qui restent d’avancer et de composer avec du vide, ce genre de vide que l’on ne comble jamais vraiment, qu’on le veuille ou non. Je ne me lasse pas de ces lectures : celle-là ne pouvait pas échapper à mes mains.

Il y a des années de cela, j’étais allongée sur le dos dans le jardin de Manou quand Big m’a demandé ce que je fabriquais. Je lui ai répondu que j’observais le ciel. Il m’a rétorqué : « C’est une vision de l’esprit, Lennie, le ciel est partout, il commence à tes pieds. »

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : pendant une bonne partie du roman, sans doute pas loin de la moitié, voire même un peu plus, j’ai eu du mal à accrocher. Je lisais sans trop de difficulté, les pages tournaient vite et bien, mais il me manquait ce petit quelque chose, cette petite étincelle pour que je me dise « woaw ! », pour que je ne puisse le lâcher sous aucun prétexte tant que je n’aurais pas eu le fin mot de l’histoire. Heureusement, c’a fini par s’arranger : il aura fallu attendre longtemps, mais est enfin venu ce passage qui m’a foutue en vrac et mis une boule en travers de la gorge, donné envie de pleurer, faite vibrer ; est venu ce passage qui a allumé l’étincelle et m’a poussée à lire jusque tard dans la nuit, jusqu’à ce que je l’ai terminé et que je tombe de sommeil en remerciant le ciel d’être en week end et de n’avoir pas à me lever trois heures plus tard pour aller à la fac.

Ce qui m’a empêché d’accrocher, au début ? J’ai retrouvé en Lennie ce qui me faisait grincer des dents chez Laurel (Love Letters to the Dead) après coup. Cette irrépressible envie de ressembler à sa sœur, pousser quelquefois le vice jusqu’à porter les fringues de la défunte, tout ce temps gâché à se comparer à celle qui est partie. Toujours cette impression d’être moins bien, cette pensée sous-entendue de « c’aurait dû être moi plutôt qu’elle, parce qu’elle, elle rayonnait quand moi je n’ai toujours été qu’une pâle copie ». Je n’irais pas jusqu’à dire que la façon dont Lennie parlait de sa sœur et de sa douleur ne m’a jamais touchée, loin de là, mais j’avais envie de la voir avancer, elle me frustrait dans ses choix, dans sa façon d’être et de réagir, dans son égoïsme : les autres, autour d’elle, souffraient aussi, mais elle ne voulait rien en voir. Elle m’énervait dans ses doutes et dans son incapacité à savoir ce qu’elle voulait. Je sais que la douleur du deuil vous fait s’écrouler un roi implacable et son royaume tout entier, mais je mourrais d’envie de la secouer ; qu’elle cesse l’auto-flagellation, et qu’enfin, elle reprenne sa vie en main. Longtemps, trop longtemps dans le bouquin, elle m’a laissée sceptique voire irritée.

Comment vais-je survivre à cette absence ? Comment font les autres ? Des gens meurent, tout le temps. Tous les jours. Toutes les heures. Le monde entier est rempli de familles fixant du regard des lits dans lesquels plus personne ne dort, des chaussures que plus personne n’utilise. De familles qui n’ont désormais plus à acheter telle boîte de céréales, telle marque de shampoing. Partout des gens font la queue au cinéma, achètent des rideaux ou promènent leur chien alors que dedans, il ont le coeur en miettes. Pendant des années. Pendant le reste de leur vie. Je ne crois pas que le temps guérisse quoi que ce soit. Si je guéris, n’est-ce pas la preuve que j’ai accepté un monde sans elle ?

Même constat avec les personnages secondaires : j’en ai adoré certains, comme Manou ou Big, ou même Joe ; Joe et sa fraîcheur, Joe et son bon vivant, Joe et son humour, Joe et sa légèreté. Je n’en avais jamais assez — je crois que moi aussi, je suis tombée sous le charme des Fontaine comme toute la famille de Lennie. Il était celui qui en savait si peu mais qui n’en avait pas besoin, ce rayon de soleil qui venait réchauffer la maisonnée refroidie par la mort, rendre au trio restant cet éclat et ce bruit tués par le silence conséquence de la douleur. Je l’ai adoré, tout simplement ; lui m’a touchée de bout en bout, je l’ai trouvé bien construit, cohérent, et je trouve que ça changeait un peu de ces bad boys qu’on voit partout et qui sont pourtant mon péché mignon en règle générale. Bref : big up, mon petit Joe, tu iras loin.

A contrario, Sarah — la meilleure amie de Lennie, une gothique un peu trop théâtre à mon goût — m’a tapé sur le système. Je l’ai trouvé superficielle, assez égocentrique sur certains bords, peut-être juste impuissante face à la douleur de Lennie dans le fond. Je ne sais pas, mais elle ne m’a pas plu. Toby non plus ; il était à hauteur de Lennie, frustrant à être aussi indécis, injuste avec elle comme elle l’était avec lui. Et pourtant, les étincelles de leur duo ont trouvé grâce à mes yeux, parce que j’adore ces relations à double tranchant, j’aime les âmes brisées qui se fracassent les unes contre les autres pour essayer de recoller les morceaux. Alors, même si j’ai souvent grincé des dents dès qu’ils se retrouvaient ensemble dans la même pièce — et je crois que c’était plus à cause de Lennie que de Toby — j’ai trouvé quelque chose de tragique, de doux-amer à leur relation, et j’ai presque complètement adhéré, avec un peu de réserve certes, mais sans me fermer totalement. Avec moi, ça l’a presque fait.

Tante Gooch est le surnom que nous avions donné à son rire, Bailey et moi, car il débarquait toujours sans crier gare, à la manière d’une vieille tante un peu fofolle qui surgirait sur le pas de la porte avec les cheveux roses, une valise pleine de ballons et sans la moindre intention de repartir.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman, ce sont toutes les petites intrigues annexes, si je puis dire, qui viennent se greffer au récit. Par exemple, dès les premières pages, on parle d’une plante, nommée Lennie et censée représenter l’état intérieur de son double humain — depuis la mort de Bailey, en l’occurrence, elle se fane au fil des jours. Tout au long des chapitres, on retrouve cette plante, on parle encore d’elle, et ça m’a fait sourire ; que ce ne soit pas qu’un détail, que ce soit récurrent. J’ai aimé aussi le mystère qui entoure la mère de Lennie et Bailey, la façon dont on découvre une part de cette dernière au travers de l’absence de cette femme, de cette génitrice que les sœurs n’ont pas connu. J’ai aimé les secrets, les non-dits, les rancœurs à son propos, j’ai aimé ne jamais en savoir plus que Lennie, découvrir en même temps qu’elle le poids de cette absence qui semblait anodine pendant si longtemps. J’ai aimé les papiers éparpillés de Lennie, ces textes, ces poèmes, ces bribes de souvenirs qui viennent se glisser entre deux pages et en disent plus long encore sur l’amour, l’admiration qu’elle portait à sa sœur, sur ses sentiments quels qu’ils soient que la narration ; ça rajoutait une dimension au récit qui m’a charmée, et j’ai adoré que ça mène quelque part, que ça ne soit pas juste dans le vent, qu’il y ait quelque chose à en conclure, quelque chose à y trouver et à reconstruire. Là aussi, j’adhère, et plutôt deux fois qu’une.

Pour conclure, je dirais que c’était une lecture mitigée, mais qui penche tout de même plus vers l’appréciation positive que négative. Beaucoup de choses dans la construction initiale de Lennie m’ont déplu, certains personnages secondaires aussi, mais l’évolution de la protagoniste et les autres qui gravitaient autour d’elle m’ont conquise ; le style de l’auteure m’a séduite aussi, il y a tellement de magnifiques passages, de sublimes citations à relever que j’aurais voulu vous en mettre un demi-millier de plus. Et si le début m’a laissée un peu sur ma faim, j’ai adoré n’être plus capable de lâcher ma lecture durant tout le dernier tiers, pour toutes les bonnes raisons citées plus haut, et pour lesquelles je recommande ce livre malgré tout : je me suis accrochée, et je ne regrette pas.

Top & flops ;
c’est top ; le sujet du deuil abordé de façon juste et cohérente, de superbes citations, une évolution des personnages vraiment bien menée, des personnages secondaires attachants, l’ombre d’intrigues croisées vraiment plaisantes, mais ça flop ; le personnage principal qui m’a fait grincer des dents pendant une bonne moitié du roman, des personnages secondaires un peu agaçants pour certains sur les bords, un bouquin que j’aurais voulu un petit peu plus touchant peut-être qu’il ne l’a été pour moi.
14/20 ; je recommande !
Logo Livraddict
Publicités

2 réflexions sur “Le Ciel est partout ; Jandy Nelson

  1. Un jour, je me suis abonnée à ton blog. Je suis tombée amoureuse de la forme de tes articles et de la beauté que la simplicité peut être. Je suis un membre un peu fantôme mais je zieute TOUJOURS tes articles même si je fais la morte 🙂 c’est un régal visuel ! Hé bien écoute ! Ce livre m’a l’air plutôt sympathique, plus de positif que de négatif 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Ahahah oh mon dieu le sourire débile que j’ai sur les lèvres, c’est beaucoup trop mignon ! J’avoue que je me suis dit que quitte à avoir quelques notions de html, autant m’en servir pour faire un truc assez joli, personnel, mais pas trop compliqué… et voilà ! Je suis super heureuse si ça plaît, tu n’imagines même pas ♥
      C’est un livre à lire, mine de rien. Il a été le coup de cœur de beaucoup, et je pense qu’il a de quoi même s’il n’a pas été le mien ! 😀

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s