À la place du cœur, saison 2 ; Arnaud Cathrine

Fiche d’identité ;

Auteur ; Arnaud Cathrine
Editeur ; Robert Laffont
Collection ; R
Parution ; juin 2017
Nombre de pages ; 291 pages
Genre ; jeunesse, drame, contemporain
Prix ; 16,50€ sur Amazon
Synopsis ;

La fin de l’année 2015 arrive à grands pas.

Je me suis souvent demandé ces derniers mois :
J’ai quoi à la place du cœur ?

A la place du cœur, j’ai toi.

Cette chronique contient des spoilers sur le tome 1 !

Mon avis ;

Par où commencer ?
J’ai terminé ce roman au beau milieu de la nuit — il était presque quatre heures du matin —, le regard suffisamment embué de larmes pour peiner à lire la moindre phrase. Je m’y attendais ; je savais comme les événements de novembre 2015 m’ont touchée, je savais comme les jours suivants je les ai passés à pleurer à la moindre énonciation du drame, je savais qu’aujourd’hui encore le trouble, et la douleur, et la colère seraient les mêmes — non pas dissipés par le temps qui passe et panse les plaies, mais attisés à chaque fois un peu plus, à chaque nouvelle bombe, à chaque nouveau camion-bélier, à chaque nouvel homme tué par les Autres.
A chaque fois que l’horreur frappe le monde.

Née fin 98, j’étais trop jeune pour être vraiment impactée par les attentats du World Trade Center. J’ai vu les images comme tout le monde, tous ceux de ma génération, ceux qui étaient dans le berceau quand l’effondrement s’est produit. Mais 2015, c’était mon 11 septembre à moi — le 11 septembre de la France.

Et, si le premier tome d’A la place du coeur m’avait déjà mis une claque en me ramenant aux événements de janvier, le deuxième a été encore plus violent. Parce que le 13 novembre 2015, c’étaient des innocents à l’apogée de leurs plus beaux instants qu’on plongeait dans le noir, sans merci, sans pardon.

Après, c’est tout ce qu’on sait.
Après c’est la nuit blanche.
La même nuit que tout le monde.
La nuit tremblante. Incrédule et blême.
La nuit de terreur.

J’ai plongé dans les pages de ce roman dès que je l’ai trouvé à la médiathèque, emprunté dans la foulée. Et c’était étrange, tout à coup, de n’être plus dans la tête de Caumes, quand on s’était si bien habitué à sa narration dans le premier tome. Cette fois-ci, c’était la voix de Niels qui se faisait entendre, cousin germain dont on entend déjà parler dans la première saison — les vacances à Arcachon, la Lagune, se baigner nu, sans pudeur et parce qu’ils se connaissent déjà par cœur. C’était étrange, encore, de découvrir Caumes au travers de ses yeux — si différent de ce qu’on l’a connu, si différent de ce que Niels l’a connu, à présent éteint, à présent vide ; détruit et las de vivre depuis qu’Hakim est parti. Parti pour toujours.

Je me suis profondément attachée à Niels, ce môme hyperactif qui croit passer un été comme les autres, à rire et boire des bières avec son cousin, son frère d’âme, et qui devra finalement affronter ses silences, ses dérives, ses excès, ses derniers sursauts d’existence pour s’oublier ; ce môme qui, par affection, par amour, grandira, apprendra, se fera homme de la situation, pour tenter de ramener Caumes à la vie.

Repose-toi sur moi, je crie ça dans ma tête, à chaque fois que tu en auras besoin, repose-toi sur moi, ton putain de chagrin aura beau peser de tout son poids, je tiendrai bon, vas-y, appuie, je veux te sauver, t’as pas compris ? Je veux être l’homme de la situation, j’ignore si j’en ai les moyens, je sais juste que j’ai beaucoup d’endurance, je tiendrai, crois-moi, appuie-toi plus fort, tu ne pèses pas encore assez lourd !

J’ai moins aimé Esther, cette fois-ci ; si je l’avais trouvée douce et attachante au travers des yeux de Caumes dans le premier tome, elle a eu tendance ici à m’agacer, à force de se morfondre sur leur rupture, son obsession m’a exaspérée — folle envie de la secouer, de lui hurler de l’oublier, d’avancer, de lui dire qu’elle aussi, elle avait une vie à bâtir, un chemin à parcourir, avec ou sans lui.

J’ai, en revanche, adoré Swann, le frère aîné de Caumes,  que j’aimais déjà dans la première saison, cassant parfois mais fou de tendresse pour son cadet, déterminé à l’aider mais comme impuissant, quoiqu’il faisait de son mieux — j’ai aimé son naturel, j’ai aimé le sentir vrai, authentique dans tout ce qu’il était, dans tout ce qu’il faisait. Personnage secondaire et pourtant important, je crois pouvoir dire sans mentir qu’il s’agit là d’un coup de foudre livresque — quoique je crois que rien ni personne, dans ce tome d’A la place du coeur, ne saura surpasser Caumes.

Caumes ; Caumes, que je n’aimais pourtant pas tant dans le premier tome, parce qu’il était plus immature, moins touchant. Caumes et ses blessures, Caumes et ses fêlures ; j’aime les écorchés vifs, les personnages brisés, paumés et qui tâtonnent maladroitement pour se reconstruire. Je suis tombée en fol amour de cette maturité que la douleur, la détresse, le deuil lui ont inculquée — ce Caumes qui s’autodétruit m’a déchiré l’âme, émietté le cœur, mais il était si terriblement beau dans sa souffrance ; et ces mots, ses mots, la boucle bouclée, le plot twist surprenant, les cahiers que comprendront ceux qui l’ont lu, ceux qui liront ; et vous devez le faire.

Et nous faisons l’amour.
Il n’y a pas d’hésitation.
Pas de scrupule ou le sentiment qu’en ce jour, il ne faudrait pas.
Non, au contraire.
C’est notre réponse.
C’est la seule réponse pour le moment.

Chose qui m’a frappée : le style de l’auteur, la narration des personnages. Alors que le premier tome était souvent trop cru, trop vulgaire — et on le lui a souvent reproché, moi compris —, j’ai trouvé celui-ci plus poétique, plus vibrant. Et mêmes les mots du jargon qui traînent encore n’entachent plus la beauté du texte, cette fois-ci ; beaucoup moins tout du moins.

Je m’attendais à un roman qui, comme le premier, entrerait dans le vif des attentats dès les premières pages — au final on a affaire à un récit presque initiatique, de reconstruction, de second souffle, reprendre son élan pour mieux franchir l’obstacle qui vous a mis à terre, et il faudra attendre les derniers chapitres pour parvenir finalement à la soirée fatidique du 13 novembre — Paris sous les fusillades des Fous aux Idées Folles.

Mon seul regret ? La fin précipitée. L’impression qu’il aurait fallu quelques dizaines de pages encore pour qu’elle soit convenable — j’aurais voulu en savoir un peu plus sur Caumes, ce qu’il ressentait à la suite des attentats de novembre, alors qu’il avait été si heurté par ceux de janvier ; vague impression qu’il ne sentait que trop peu, ce soir-là et les jours d’après, alors qu’il aurait dû être un peu plus affecté par ce ça recommence, au vu de ce que les premiers attentats lui avaient ôté — un meilleur ami, un frère d’âme et d’armes —, presque un arrière-goût de bâclé — et c’est ainsi qu’un livre qui ne serait pas noté tout à fait au maximum peut être un coup de cœur à mes yeux, pour les émotions qu’il m’aura fait ressentir, le coup de poing au ventre qu’il m’aura donné et les larmes qu’il m’aura arrachées.

Top & flops ;
c’est top ; le style d’écriture à tomber par terre, bien plus poétique encore que le premier tome, des personnages encore plus touchants, plus mâtures, plus crédibles, un parcours de reconstruction, vivre avec la mort, vivre avec le deuil, vivre avec la peur, mais ça flop ; une fin trop précipitée, où l’on n’en sait pas suffisamment sur le ressenti des personnages aux lendemains du 13 novembre et ça ôte trop de crédibilité aux personnages — surtout celui de Caumes, donc la réaction n’est pas assez raccord avec celle qu’on attendrait.
💕; ce roman à la place du cœur
Logo Livraddict
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s