Ironie du sort ; Gabriella Bozzano

Fiche d’identité ;

Autrice ; Gabriella Bozzano
Editeur ; autoédition
Parution ; juillet 2017
Nombre de pages ; 73 pages
Genre ; poésie, nouvelle
Prix ; 1,50€ en numérique ou 8,44€ en format broché sur Amazon
Synopsis ;
Approchez futur âme damnée. Venez souffrir avec nous. Laissez derrière les regrets et abandonnez votre courroux. Installez-vous donc près des fleurs et oubliez votre chair. Préparez vous à la douleur et bienvenue en enfer.

Mon avis ;

Je tiens tout d’abord à remercier Livraddict et l’autrice Gabriella Bozzano en personne pour l’envoi de ce recueil, dont le synopsis m’a tout de suite attirée : quelques rimes un peu floues qui donnent envie d’en savoir plus sur l’univers de la poétesse en devenir. Il faut savoir que je ne lis que très peu de poèmes ; mes principales expériences de lecture dans ce domaine réside dans quelques écrits de mes amis et dans mes études — forcément, filière littéraire et licence en littérature anglaise, bon. Je suis donc une néophyte ou presque, aussi je ne sais pas trop comment chroniquer des poèmes ou nouvelles, alors je vais faire comme je le sens : parler de l’oeuvre dans sa globalité, puis me pencher sur les extraits dont j’ai quelque chose à dire. C’est ce qui me paraît le plus judicieux, et j’espère bien faire.

Dans l’oeuvre entière, on trouve une opposition permanente entre Eros et Thanatos ; entre l’amour et la mort, la haine en toile de fond. Beaucoup de mépris, de rancœur, des textes sombres d’amours souvent désespérés, voués à l’échec, achevés sur une fin abrupte — le décès, ou la perte de mémoire d’un pair. Des écrits rangés en catégories distinctes, dont on devine l’évolution ; des amours désenchantés d’avance à ceux qui durent, et puis la rupture pour ces histoires qui ne devaient pas être. Découpage judicieux, par thème, que l’on retrouve assez régulièrement dans les recueils en vers, même si un peu plus de pèle-mêle n’aurait pas desservi — pour avoir un peu de surprise plutôt que de tourner autour du même sujet maussade pendant plusieurs pages ; les deux étaient jouables.

L’amour unique mérite admiration,
La souffrance n’est plus une option,
Le silence est la solution.

J’ai regretté l’omniprésence de rimes plates (AABB) tout au long de l’oeuvre, j’aurais aimé voir un peu plus de variété dans l’enchaînement des rimes, des croisées ou des embrassées, un peu plus d’internes aux vers, aussi. Je pense qu’on aurait pu y gagner au niveau de la fluidité, et du rythme aussi — que la ponctuation desservait aussi parfois. Je songe surtout à ces phrases coupées d’un point, alors que j’y aurais mis une virgule, ou un point-virgule tout au plus. Quelques fautes d’orthographe, « si peu te comprenne », « et loin fuit les remords », « approchez futur âme damnée », des erreurs d’inattention sans doute qui auraient pu être corrigées sans trop de mal par une dernière relecture.

Il y avait aussi, quelquefois, des constructions un peu étranges dans les phrases, qui rendaient la compréhension un peu confuse. Je pense notamment à ce vers, dans Le péché à naître : « C’est fini. Ne m’en veux pas chère amie. » à cause duquel j’ai cru que la narratrice s’adressait à une femme, avant de lire les derniers vers : « Tu m’as déshonorée avec tes mots. J’en porte le péché qui naîtra bientôt. » dans lesquels on comprend qu’elle s’adresse en réalité à un homme. Dans Ils ne sauront jamais, une autre faille encore : « Voilà, elle le hait et par malheur lui rend bien. » En lisant tel quel, ça signifierait que l’homme qu’elle hait la hait aussi, le lui rend bien, or il l’aime. Ce sont de petits défauts un peu dommage, souvent provoqués par la tendance de l’autrice à faire disparaître les pronoms au milieu de ses vers.

Demande-moi de faire souffrir.
Demande-moi de faire le bonheur.
Demande-moi de tuer.
Demande-moi de te dévouer ma vie.
Demande-moi d’éteindre le soleil.
Demande-moi de donner vie à la lune.
Demande-moi de faire s’aimer le lion et la gazelle.
Demande-moi de faire taire le monde.
Demande-moi de faire parler le cœur des gens.
Demande-moi de changer le passé.
Demande-moi de t’écrire l’avenir.

Dans Dialogue de noyade, l’idée était sacrément originale, je trouve ; le fameux discours entre la pensée vive et la conscience plus réfléchie, si j’ai bien saisi les intervenants. Cependant, le découpage des vers m’a laissée perplexe, m’a déstabilisée plusieurs fois. Je pense qu’il aurait pu être intéressant de trouver une rime par strophe pour trouver un rythme juste et découper les phrases différemment, décider que la pensée vive rimerait en « é », la conscience en « a », par exemple, jouer sur un jeu de question-réponse jusque dans le style et le tempo.

J’ai beaucoup apprécié l’enchaînement — j’imagine délibéré — de Ma tendre aimée et Ma mémoire perdue, comme les deux facettes d’une même histoire, l’œil des deux amants sur le même état. J’ai trouvé ce double point de vue très touchant !

Dans certains poèmes, je me suis demandée si c’était l’autrice qui se projetait, qui s’épanchait dans l’écriture de ses propres maux, ou bien si c’était de la pure fiction inventée sous l’impulsion de la plume. Je pense notamment à Une dernière caresse et A une amie, qui parlent tous les deux du deuil — la perte d’un proche, ou celle d’un animal qu’on considérait comme un membre à part entière de notre famille. Le doute est permis, tant l’écrit semble sincère lorsqu’on le lit.

Le poème Vis m’a arraché un sourire ; il était court, simple, et pourtant porteur d’un joli message. Ces quelques vers m’ont rappelé que la vie valait la peine d’être vécue, et qu’on trouvait le bonheur le plus pur dans les petits instants les plus simples et à l’air anodin de la vie.

Quant à Cadavre sans amour, chapeau bas pour le thème abordé — la prostitution, si j’ai tout bien compris. Tout est dit dans l’euphémisme, et c’en est d’autant plus violent. J’ai trouvé ce poème terriblement beau, je dois l’avouer ; et pourtant effroyable, dans ce qu’il racontait. Face à celui-là, clairement, je n’étais pas insensible.

La rupture, cette souffrance entraîne la mort,
Il est dur de vivre sans qu’on se soucie de votre sort.
Voilà le départ du dernier bus. L’enfer au bout du port.

Parmi les quelques nouvelles qu’on retrouve, à la fin du recueil, c’est la première qui m’a vraiment plu, à savoir Ce geste que je n’aurais jamais dû voir. Une romance entre deux adolescents, qui font mine de se détester aux yeux de tous ; un secret dans une société qui n’accepte pas encore tout à fait les « déviants », ceux qui aiment « différemment ». En fervente combattante sous le drapeau arc-en-ciel, je n’ai pu qu’être touchée par ce joli texte en prose que Gabriella Bozzano nous offre ici.

Pour résumer, je dirais que c’est une lecture assez nuancée, cinquante, cinquante. Beaucoup de choses que j’ai lues ici m’ont plu, d’autres moins, j’imagine que c’est là tout l’intérêt. A mes yeux il s’agit surtout d’une faiblesse dans le style — les rimes plates, la ponctuation un peu bancale — qui pèche, et c’est dommage. Toutefois une bonne lecture, qui saura sans doute en toucher plus d’un, je n’en doute pas une seule seconde ! D’après les commentaires sur la fiche Livraddict, le recueil a déjà fait ses preuves auprès de quelques lecteurs, alors pourquoi pas vous ?

Top & flops ;
c’est top ; la diversité des sujets abordés, la sincérité qui déborde de plusieurs textes et qui peut toucher, l’autrice a de l’imagination et s’en sert à bon escient, mais ça flop ; le style est quelquefois un peu bancal, la ponctuation mal ordonnée et les rimes trop « faciles ».
★★★½ ; à ouvrir !
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