NaNoWriMo 2017 } Chapitre II

National Novel Writing Month 2017 ;

Au moment où j’écris cet article, il est minuit et neuf minutes, et j’ai fini à vingt-trois heures cinquante-neuf le dernier rush de mots du quatre novembre deux mille dix-sept. A l’heure actuelle, je suis en avance ; il faudrait en être à 6.666 mots, ou plutôt 8.333 si l’on considère que ça y est, nous sommes le cinq novembre, et j’en suis pour ma part à onze mille cinq cent quatre-vingt-dix mots. Je ne crois pas pouvoir écrire beaucoup en cette journée de dimanche, je vais tâcher d’écrire au moins un paragraphe ou deux, mais j’ai beaucoup à faire alors je ne garantis rien (sans doute vais-je quand même finir mon paragraphe histoire de faire mon update du cinq, si jamais ma to-do list m’empêche de me poser et d’écrire après que mon réveil ait sonné). Lundi je participe à un write-in (une rencontre in real life entre nanoteurs, pour écrire, discuter et se motiver) donc ça sera l’occasion de faire grimper le compteur, je l’espère ! Pour l’instant, je tiens le bon bout et demeure régulière, à voir ce que ça va donner avec la reprise des cours…

En attendant, voici mon deuxième chapitre, pas trop mauvais je crois. Il faut savoir que je suis en pleine écriture du sixième, déjà ! Avec un peu de maths niveau facile, on peut se dire que je suis assez régulière, aux alentours de deux mille mots par chapitre. C’est court, c’est cool, j’aime bien. Bref, sans plus attendre… Lecture !

Je précise encore qu’il s’agit d’un premier jet sans vraiment de relecture, ou alors très sommaire ! Et n’oubliez pas que toute critique est acceptée et appréciée, pourvu qu’elle soit constructive !

N A T H A N

Nathan n’a jamais connu que les beaux quartiers, les écoles privées, les règles de conduite, de bienséance, les remontrances pour un coude nonchalant sur un bord de table, pour une note un peu plus faible parce que l’espace d’un moment il a préféré être un jeune qui s’en fout plutôt qu’un étudiant qui réussit tout ce qu’il entreprend. Las, désabusé d’une flopée de victoires pour lesquelles il n’a même pas à se battre, la vie sur un plateau d’argent et l’avenir tout tracé, chemin éclairé de chandeliers riches et dorés — du droit, comme son père, il sera avocat réputé, réclamé, défendra des types dont il sera persuadé de la culpabilité, parce qu’au final c’est lui qu’on paiera s’il gagne, et le reste peu importe. Prison qui n’en a pas l’air, toutes les pièces claires et chauffées, de l’argent à n’en presque plus savoir qu’en faire, étalage superficiel de leurs poches qui débordent pour montrer qu’ils sont des gens bien — montre lourde et ornée au poignet, que certains n’auront jamais les moyens de s’offrir même quand viendra l’âge de la retraite, belle caisse aux vitres teintées au milieu des tacots, et place d’honneur dans les grosses boîtes quand vient le temps des stages et des recherches d’emploi. Le piston des riches, la sphère privée des bien-nés qui s’évertue à ne laisser aucune place à ceux venus d’en bas — faudrait pas qu’ils viennent les détrôner, faudrait pas non plus, surtout pas qu’ils viennent leur montrer la vie, la vraie, la violente, celle de dehors, celle des bas-quartiers. Faudrait pas faire voler en éclats les beaux portraits.
Occupé à écraser un quelconque comestible informe dans son assiette, il fixe un point de l’autre côté de la table — du vide, encadré par ses deux parents, plongés dans un silence pesant. L’appétit coupé depuis longtemps, il se fait violence pour ne pas gueuler, puis pour ne pas s’attarder sur la mâchoire crispée de son père, le menton tremblant de sa mère. L’orage gronde, sourd, dans les crânes, et il fendrait bien le sien contre la céramique décorée — histoire de se briser pour de bon, lui et tout ce qu’il en reste. A défaut il se lève, abandonne là le plat qu’il n’a même pas entamé.
— Je vais me couc…
— Ne bouge pas d’ici !
L’échange de regard ne dure qu’une seconde, et malgré la lueur de défi dans le sien il baisse les yeux, se cantonne au silence et s’apprête à se rasseoir, quand sa mère pose une main hésitante sur l’avant-bras de son époux.
— Austin, laisse-le…
Il cherche les prunelles de sa mère sans jamais les trouver — elle esquive son regard, délibérément —, alors il s’efface, se retire et disparaît. Il voudrait claquer la porte mais la referme doucement, voudrait hurler mais se tait, fuguer mais s’assied au bord de son lit, en attendant que le tonnerre frappe, dans la salle à manger.
Les voix ne tardent pas — basses, d’abord, étouffées, quasi-muettes. Et puis, l’explosion de rage, et le père tonne.
— Pourquoi tu continues de défendre cette tafiole ?
— Cette tafiole, comme tu dis, c’est ton fils !
— J’ai pas enfanté d’une pédale !
Sur ses genoux les poings serrés, écoute le déferlement de haine de l’autre côté. De chaque mot s’imprègne, à chaque insulte s’identifie — il ne devrait pas, il le sait ; mais la douleur d’être renié d’un père qu’il croyait l’aimer et qu’il tâchait de rendre fier l’écorche, le blesse plus qu’il ne le voudrait.
C’est quand il entend les larmes de sa mère qu’il enfile son casque et monte le son de son walkman au maximum — sur la musique l’esprit divague et se disperse.

Ses mains sur mon ventre, plus haut sur mon torse, les miennes sur ses hanches et sur ses reins, mes lèvres contre ses lèvres et nos langues qui se cherchent, on vire nos fringues qui nous dérangent comme des carcans qui nous tiennent prisonniers. Je le renverse sur le lit nos jambes en pêle-mêle et il me touche, sa main sur moi qui m’allume ses doigts qui me frôlent et mes ongles qui le griffent ses dents qui me marquent et ma bouche qui l’excite. La suite facile, moi en lui et sa cambrure contre mon corps, mes empreintes qui creusent son dos, nos soupirs qui s’emmêlent qui montent crescendo les plaintes qu’on n’étouffe pas — on est seuls, lumières éteintes, fenêtres ouvertes par où s’infiltre un froid mordant qui nous fait frémir. L’orgasme est long, et ma langue sur sa peau pour n’en perdre rien et les baisers échangés les caresses légères papillon la carcasse pleine apaisée, la nuit qu’on prolonge et les heures qu’on oublie le sommeil qui s’invite et qui nous plonge les réveils qu’on oublie.
Les réveils qu’on oublie.

Stupeur et tremblements au matin, et les cris, et les reproches, et l’Autre qui ne décolère pas. Il savait, Nathan, il savait combien ça lui coûterait, d’aimer de travers — et s’ils savaient, eux ; s’ils savaient combien de fois il en a baisé d’autres, baisé tant, époux charnels avant le sursaut du coeur, assassiné au moindre élan du palpitant.
Jusqu’à lui, jusqu’à Noah.
Un coup de poing dans le bide, une belle droite dans la gueule — l’effet que ça lui a fait, la première fois qu’il lui a parlé, dans une de ces soirées organisées par les adultes entre eux, entre amis soi-disant quand ça crache dans tous les dos ; cour d’école version cinquante balais. On ramène les mômes et les mômes s’emmerdent, ils échangent des regards et puis des mots, s’éloignent de leurs parents pour discuter plus librement quand ils réalisent qu’ils ne parlent pas dans le vide, qu’ils dialoguent et s’intéressent autrement que par politesse. La soirée se prolongent et les mômes ne s’emmerdent plus vraiment — ils se foutent de la gueule du système miment leurs pères quand ils lèchent le cul de leur patron parient sur le nombre de secrétaires sous le bureau. Ils s’enivrent au vin blanc rient trop fort et parlent trop vite et leur langue fourche ils en rient encore se bousculent se chahutent ; c’est contre le mur du garage que s’échange leur premier baiser, alcoolisé rendu maladroit par les gestes pressés, et les mains sous les vêtements sans pouvoir les ôter — parents dans la pièce d’à-côté, et Noah qu’on appelle pour s’en retourner.
Ils se revoient, chez l’un et puis chez l’autre, se cherchent et s’apprivoisent — ils voulaient de la baise mais dans leur monde on n’en veut pas, jamais seuls pour se gâcher alors ils se cachent ils s’empêchent et c’est autre chose qui s’installe, c’est plus doux et plus intime, un peu tendre aussi, c’est un baiser au bord des lèvres ou sur la tempe une main qui frôle des bras qui enlacent d’autres baisers au creux du cou un film regardé tête posé sur les genoux de l’autre nuits passées enlacés quand les parents s’absentent et les abandonnent à leurs gestes qu’ils ne comprennent pas qu’ils n’expliquent pas — faudrait pas rendre les faiblesses trop tangibles, faudrait pas donner à l’autre le pouvoir sur l’être. Faudrait pas être aussi con.

Il rouvre les yeux quand la cassette émet un cliquetis familier — elle aussi au bout du rouleau. Il cligne des paupières sans comprendre, l’espace d’un moment ne sait plus où il se trouve — chez lui paraît ne plus tout à fait l’être, depuis. Il se redresse au bord de son lit, le casque descendu sur sa nuque, et il avise la pièce qui l’entoure, le bordel organisé et les posters de ses lubies adolescentes punaisées sur la tapisserie bleue délavée qu’il n’a jamais aimée. De l’autre côté de la fenêtre, la nuit est profonde, opaque, les nuages lourds chargés de pluie qui bat les feuilles de l’arbre sous son balcon — en tendant la main il pourrait toucher les premières branches ; quand il était gamin il s’imaginait s’y accrocher et puis monter jusqu’à la cîme, voir le monde d’en bas depuis le ciel et ne plus redescendre.
D’un pas traînant il se lève et traîne sa carcasse sur le parquet, sur un coin de bureau abandonne le walkman, et sur l’autre pose un carnet qu’il tire d’entre ses livres de cours, l’ouvre sur une page au hasard et griffonne la date du jour au milieu de tant d’autres qui remontent plus de trois ans auparavant. Il souligne, en dessous noircit encore, écriture de médecin, quasi illisible.

le coeur et l’âme au vide
tout autour, la colère qui rugit

Il referme, range et dissimule, de sa poche extrait son téléphone portable qu’il déverrouille et la touche GHI se barre encore ; ni message ni appel — silence assassin. L’équilibre défaillant, il s’assied de nouveau, les doigts, nerveux, entre les mèches brunes qui lui tombent en pagaille sur le front. Il écrit, efface, recommence, hésite, c’est trop con, faudrait peut-être attendre ? laisser du temps… mais s’il n’ose pas ? s’il a peur ? il attend peut-être ? je dois ? et s’il ne veut pas ?
Et si ?
Et si ?

23h27
Hey

23h27
Tu me manques

23h29
Appelle-moi quand tu pourras

Il se change et s’allonge, il a honte, il a peur ; il est terrifié, même, dégoûté, révulsé, répugné — et le monde tourne et il reste englué, collé au plancher, à attendre, à flipper
l’existence en suspension
au bout des doigts d’un autre
d’un manque
d’un toujours dont on a déjà ôté le tout sans le lui dire.

Cette nuit, et comme les trois qui l’ont précédée, il la passe à fixer l’écran de son téléphone, entre quelque quart d’heure à gratter ses pensées sur vingt pages de son carnet froissé.
Alors ? Verdict ?
Publicités

2 réflexions sur “NaNoWriMo 2017 } Chapitre II

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s