Dysfonctionnelle ; Axl Cendres

Fiche d’identité ;

Auteur ; Dysfonctionnelle
Editeur ; Sarbacane, collection Exprim’
Parution ; octobre 2015
Nombre de pages ; 305 pages
Genre ; jeunesse, lgbt
Prix ; 15,50€ sur Amazon
Synopsis ;
Fidèle, jeune adolescente, grandit, entourée de ses six frères et sœurs, dans une famille dysfonctionnelle : son père enchaîne les allers-retours en prison, sa mère est à l’asile. Dotée d’une « intelligence précoce », elle s’intègre à un lycée des beaux quartiers où les élèves la regardent comme un alien.

Mais c’est là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui transforme, celui qui sauve…

Mon avis ;

Ce roman, et comme, je crois, la plupart des bouquins édités chez Sarbacane, j’en ai entendu parler via la chaîne d’Audrey, du Souffle des Mots. En quelques minutes, elle avait attisé mon intérêt ; pourtant je n’avais pas passé le pas de l’acheter. Je suis quelqu’un d’étrange, parfois : j’ai beau savoir que les éditions Sarbacane sont une valeur sûre, et je leur dois plusieurs coups de cœur ou du moins superbes lectures, et pourtant j’hésite toujours beaucoup trop longtemps, je tergiverse puis je n’achète pas, de même pour emprunter, je tarde et j’emprunte d’autres bouquins… Mais cette fois, c’était la bonne : j’ai emprunté Dysfonctionnelle… Et je l’ai dévoré.

Dysfonctionnelle ; c’est cette famille bancale, trop nombreuse et qui traîne ses boulets, clopin-clopant. C’est Fidèle, ou Fifi, narratrice de l’histoire, une adulte accomplie qui revient sur son enfance et son adolescence, périodes tumultueuses qu’elle relate avec tendresse, émotion et piquant. C’est Papa, sans cesse au mauvais endroit au mauvais moment, qui fait des allers-retours entre la maison et la prison. C’est Maman, que les démons de la guerre et de la déportation juive tourmente, et qui n’a plus toute sa tête. C’est Louiza, dite Zaza, la grand-mère tendre mais un peu décalée, douce et affectueuse ; c’est Dalida la princesse qui méprise, Maryline la féministe engagée, Jésus qui se confond avec son propre prénom, JR l’idiot tombeur qui aura réussi sa vie, Grégorio l’enfant bagarreur, le gamin, le dernier né. Dysfonctionnelle c’est un mélange explosif ; une bombe. Dysfonctionnelle c’est cette famille différente mais qui touche et surprend, à laquelle on envierait presque les instants de complicité et d’amour tant ils sont beaux.

« Le prend pas pour toi, m’a dit mon père, mais j’ai jamais voulu avoir d’enfants. »
J’allais répondre: « Pourquoi, je le prendrais pour moi ? Je suis juste ta fille » — mais l’ironie, il comprenait plus.
C’était le jour de son énième sortie de prison; là il avait pris deux mois ferme pour la même raison que les autres fois : il était au mauvais endroit, au mauvais moment.

Dès les premières pages, je me suis retrouvée secouée par une vague d’émotions incontrôlables et moi, en gamine fragile, je me suis une fois de plus retrouvée à contenir mes larmes dans le train, un beau matin. On est bien vite plongés dans le bain : une énième sortie de prison du père, le petit Grégorio échoué en famille d’accueil entre temps, à défaut d’avoir quiconque dans sa famille qui puisse lui offrir un environnement sain propice à l’éducation et au développement, bref, le discours d’une assistante sociale comme tant d’autres face aux familles instables et secouées en tout sens.

Le style, la plume étaient simples, certes ; il n’y avait que peu de fioritures, de la poésie dans les mots sans en faire des tas, et la superbe du roman était là : de l’émotion transmise intacte, un récit poignant, efficace, des pensées qui vont droit au but, et les révélations que l’on reçoit comme une gifle brûlante. Bref : rare que j’aime autant une narration à la première personne, qui sonne vite superficielle et absolument pas naturelle, mais pour le coup, chapeau bas, Axl Cendres !

« Ils sont où ? Pour de vrai. »
J’ai pas décroché mon regard du sien.
« Papa est en prison et Maman chez les fous. »
Ses yeux m’ont dit Merci.
« Mais c’est temporaire, j’ai ajouté. Tu te souviens de ce que ça veut dire ? »
« Oui ça veut dire que c’est pas pour la vie… On est une famille dysfonssiotruc. »

L’autre point fort du roman ? Les personnages. Presque tous attachants, à quelques exceptions près — et pour le coup, comme il s’agit d’une certaine soeur et d’une certaine mère, j’imagine que c’était plutôt voulu par l’auteur, ce sentiment méprisant voire meurtrier que l’on éprouve quelquefois à l’égard de ces deux-là. J’aurais voulu en savoir plus, sur eux, parce que j’avais l’impression quelquefois de manquer d’informations sur certains, qu’on évinçait du récit dès que possible — untel qui part faire sa vie avec des milliardaires, et dont on n’entend plus parler, une autre dont… je n’ai strictement rien retenu, même pas son prénom, tant elle est insignifiante dans le récit, et j’ai trouvé ça dommage. Au delà de ça, ceux sur lesquels on s’attardait un peu plus m’ont touchée, parce qu’ils avaient chacun leurs combats à mener, leurs doutes à affronter, leur apprentissage de la vie à mener, les leçons à apprendre, les coups à recevoir et puis à rendre — et puis l’amour, aussi, sous toutes ces teintes.

Et cet amour ! Quel amour ! Parlons-en : je ne m’attendais pas, mais alors pas du tout à lire une romance homosexuelle lesbienne. Dire qu’il y a quelques jours à peine, avec mes comparses du NaNoWriMo, je maugréais sur le fait que c’était trop rare en littérature, que la romance gay ça y allait (loin d’être un jugement, puisque j’en écris moi-même) mais pour laisser s’aimer deux femmes, il n’y a plus grand monde ! J’avoue cependant que j’ai eu quelquefois un peu de mal, parce que les décisions de l’une ou de l’autre m’agaçait, j’avais cette impression qu’elles étaient trop indécises et se faisaient plus de mal que de bien, et cette façon que l’une avait d’être celle qui faisait le premier pas pour finalement jeter l’autre sans préavis, à chaque fois qu’elles finissaient par se retrouver… Je l’ai trouvée injuste et égoïste.
Et le pire, c’est que je ne suis pas certaine que ça m’ait vraiment déplu, parce que je suis une férue des relations destructrices dans lesquelles les tiers se font du mal… C’est du joli, hein ?

Le 20 mars 2003, les Etats-Unis commençaient leur invasion en Irak. Au bar, tout le monde n’avait qu’un seul mot à la bouche: guerre.
Et maman a recommencé à bouger ses yeux de haut en bas et de droite à gauche:
« Qui attaque qui ? Et pourquoi ? Est-ce qu’on va nous attaquer ? »
J’essayais de la rassurer comme je pouvais, de lui expliquer, mais ses yeux ne se calmaient pas. De toute façon, plus je lui expliquais des guerres, moins j’y comprenais quelque chose : que les Allemands attaquent les Juifs, que les Juifs attaquent les Libanais, que les Français attaquent les Algériens, que les Algériens attaquent les Français, que les Américains attaquent les Irakiens… La victime n’est jamais qu’un bourreau sans fusil.

La fin m’a secouée, une nouvelle fois ; les larmes me sont encore montées aux yeux. J’ai trouvé toute une partie bien cruelle, et non, ce n’est pas forcément la tournure à laquelle je m’attendais pour certains personnages. Je me suis sentie sincèrement impliquée dans les drames qui heurtaient la famille, même si j’avais l’impression là aussi qu’on passait peut-être un peu trop vite dessus. De même que j’aurais voulu en savoir plus sur le passé de Fidèle, cette période sombre chez sa famille d’accueil dont elle ne nous dit rien — quand bien même Axl Cendres laisse suffisamment d’indices à l’imagination pour qu’elle fasse son affaire, j’en aurais aimé un peu plus à me mettre sous la dent.

En bref, j’ai aimé ce que je lisais. Je me suis plongée dans ce roman sans savoir à quoi m’attendre, et voilà ; j’ai carrément accroché. Ce n’est pas le coup de cœur que d’autres ont tant vanté, parce qu’il manquait un peu d’approfondissement chez plusieurs personnages, et parce que tout était un peu trop irréaliste, invraisemblable pour que me sorte de l’esprit l’idée qu’il s’agissait de fiction. J’aurais voulu avoir l’impression que c’était une famille que j’aurais pu croiser au bar du coin, en bas de chez moi, plutôt que d’avoir toutes les facettes de la société représentées dans un mélange un peu chaotique — quand bien même chacun pris à part, chaque situation était merveilleusement bien tournée ; c’est tous ensemble qu’ils rendaient la chose un peu trop improbable à mes yeux.
Mais quand même, j’admire ; et j’admirerai toujours Sarbacane et les auteurs qu’ils éditent pour une seule et bonne raison : ils ne prennent par leurs lecteurs, les adolescents, pour des idiots. Et ça, c’est le meilleur argument de vente que je puisse vous donner.

Top & flops ;
c’est top ; des sujets divers et variés et bien traités, une diversité chez les personnages, personnages soit dit en passant plutôt attachants, relation homosexuelle lesbienne enfin représentée en littérature jeunesse, l’autrice ne nous prend pas pour des imbéciles dans son récit, c’est du Exprim’ tout craché comme on l’aime, mais ça flop ; c’est malheureusement un peu trop improbable, tant d’entités différentes dans une même famille, et ça ôte trop de crédibilité au récit, et certains comportements des personnages m’ont sincèrement agacée.
★★★★ ; à dévorer !
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4 réflexions sur “Dysfonctionnelle ; Axl Cendres

    • Ah, j’ai souvent du mal avec le format poche, les couvertures s’abîment trop facilement etc, même si c’est sûr que c’est un sacré gain de place et d’argent ! xD Je sais que si j’attends souvent pour lire les romans qui font du bruit… c’est justement parce qu’ils font du bruit ! J’ai trop peur d’en attendre trop et d’être déçue, donc j’attends que la vague d’enthousiasme se calme et que mes attentes diminuent 😛
      En tout cas, quand tu peux, n’hésite pas : lis-le, il vaut clairement le détour !

      J'aime

  1. Tu m’as vraiment bien donné envie de lire ce livre, j’aime beaucoup les systèmes familiaux qui sont complexes, et les histoires qui font ressentir tout plein d’émotions ! J’aime beaucoup aussi l’écriture si j’en crois les quelques paragraphes 😉
    Merci

    Bisous

    Aimé par 1 personne

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