Contrecoups, de Nathan Filer

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Couverture ContrecoupsAuteur : Nathan Filer
Editions : Michel Lafont
Nombre de pages : 352
Prix : 19.95€
Date de sortie : 28 août 2014
Genre : Drame, Jeunesse
Ma note : ★★★★★ (19/20)

test3 résumé

Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Par la mort de son grand frère, dix ans auparavant. Par la culpabilité. Par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps…
Matthew a 19 ans et il souffre de schizophrénie, une maladie qui « ressemble à un serpent ». Pour comprendre son passé et s’en libérer, Matthew dessine, écrit. Il raconte l’enfance étouffée par la perte, la douleur silencieuse de ses parents ; l’adolescence ingrate brouillée par les nuages de marijuana ; la lente descente dans la folie, l’internement… Mais aussi, avec un humour mordant, le quotidien parfois absurde et toujours répétitif de l’hôpital psychiatrique, les soignants débordés, l’ennui abyssal… Et le combat sans cesse renouvelé pour apprivoiser la maladie, et trouver enfin sa place dans le monde.
Bouleversant, tourmenté, souvent drôle, Contrecoups est un roman tendre et courageux, porté par une voix absolument unique.

test2 avis

J’avoue que je n’ai aucune idée de comment commencer ma chronique, comment parvenir à bout, comment dépeindre le sentiment que m’a laissé ma lecture une fois achevée. Disons qu’une fois le livre refermé, je l’ai gardé contre moi, j’ai fixé le plafond, et mes pensées se sont égarées. A vrai dire, même si ma note est largement supérieure à la moyenne et frôle presque le sans-faute, je ne saurais dire si j’ai aimé ce que j’ai lu, ou pas.

Il faut dire, j’attendais beaucoup de ce livre, sans savoir exactement à quoi j’allais avoir affaire. Ayant un schizophrène pour meilleur ami, et sachant que Nathan Filer travaille (travaillait ?) dans ce domaine, je me doutais quelque part de ce que j’allais avoir entre les mains : certainement pas un livre poignant, percutant, qui me ferait trembler et pleurer toutes les larmes de mon corps ; mais un livre perturbant qui me ramènerait sans cesse à ce que moi je peux vivre avec mon meilleur ami… mais de son point de vue à lui !

Si vous vous attendez à de l’action, passez votre chemin, car Contrecoups est avant tout un livre de psychologie, qui nous fait entrer dans la tête de Matthew, un jeune homme de 19 ans, qui a développé une schizophrénie à la mort de son frère aîné, Simon. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, en soit. Matthew se contente d’extérioriser ses démons en écrivant, chez lui ou au Centre spécialisé dans lequel il se trouve.

Quelque chose qui a perturbé pas mal de personnes, et qui va me permettre d’étaler ma science un petit instant afin de clarifier les choses : beaucoup ont reproché à l’auteur de les perdre en passant sans cesse du présent, au passé, à un autre moment du passé puis de nouveau au présent, comme s’il ne savait pas trop où il allait. Ne perdez pas de vue que vous avez affaire à un schizophrène, dépeint par un homme qui s’y connait. La schizophrénie, c’est une sorte de contact rompu avec la réalité. C’est une personne normale, capable de tenir un discours, une conversation normales, mais qui, d’un instant à l’autre, peut se mettre à ressasser le passé. Ils entendent les voix de personnes chères et disparues, ou qui les ont souvent conduites à cet état (par exemple, l’un pourra entendre les voix de son oncle qui l’a violé, un autre celle de son père qui le battait), et certains revivent même ces moments là sous forme d’hallucinations. La schizophrénie s’accompagne en général de délires paranoïdes, de modifications de la mémoire et d’autres crises de violence qui peuvent le conduire à être un danger pour lui-même ou pour les autres (suicide, agressions…).

Aussi, Nathan Filer savait parfaitement ce qu’il écrivait, et c’est avec brio qu’il parvient à nous faire entrer dans la tête de Matthew, pour peu que l’on se laisse transporter par le récit. Si l’on cherche à tout prix à retrouver le fil conducteur, on passe à côté de la lecture. Au contraire, il faut se laisser couler sur le flot de pensées de Matt, et savoir à quoi on fait face, et je vous assure que la lecture passe beaucoup mieux.

J’avoue que malgré tout ça, je n’ai pas réussi à m’attacher vraiment aux personnages. Sauf à Matt, et à sa mère, un peu. Beaucoup ont dit qu’il y avait une distance entre Matt et eux, mais chez moi cette barrière s’est brisée, et j’étais totalement plongée dans ce récit que j’ai dévoré presque d’une traite. Sa mère, quand à elle, elle disjoncte un peu quand elle perd son fils aîné, mais quelque part j’ai pu comprendre ce qu’elle ressentait, et j’éprouvais un mélange de compassion et d’agacement à son égard.

Si je ne met que 19, et non pas 20, c’est notamment pour cette raison. Les personnages secondaires ne m’ont pas tant plus, et la fin m’a légèrement frustrée parce que j’aurais aimé suivre encore un peu Matthew, même si j’avoue que je n’aurais pas vu d’autre fin que celle-ci. Aussi, durant tout le récit je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon meilleur ami, et c’est peut-être ce qui m’empêche de mettre 20, parce que ça m’a fait mal. Malgré tout, ça reste une lecture qui m’a foutu un coup de poing dans le ventre, et à la fin, j’ai eu l’impression d’être un peu schizophrène, moi aussi.

test4 extrait

« Le pire, dans cette maladie, ce n’est pas ce qu’elle me fait croire ni ce qu’elle me fait faire. Ce n’est pas l’emprise qu’elle a sur moi, ni même l’emprise qu’elle autorise les autres à avoir. Le pire de tout, c’est qu’elle m’a rendu égoïste. La maladie mentale nous replie sur nous-mêmes. C’est mon avis. Elle fait de nous les prisonniers à vie de la douleur qui occupe nos têtes, tout comme la douleur d’une jambe brisée ou d’un pouce entaillé accapare l’attention et s’y cramponne au point que la jambe ou le pouce valides cessent d’exister. »

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6 réflexions sur “Contrecoups, de Nathan Filer

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